Burundi : une crise à l’horizon à l’approche de la présidentielle de 2027 ?

À moins de huit mois de l’élection présidentielle, les acteurs réunis au Conseil des droits de l’homme à Genève identifient plusieurs menaces susceptibles de peser sur le scrutin burundais de 2027, mais ils ne les situent pas au même endroit. Le Rapporteur spécial Fortuné Gaetan Zongo, l’Union européenne et plusieurs organisations de la société civile insistent surtout sur les restrictions politiques, l’impunité et la fermeture de l’espace civique. Le gouvernement burundais pointe plutôt les pressions occidentales, le mécanisme onusien ainsi que le mouvement rebelle RED-Tabara et ses soutiens allégués. (Le Mandat)

Lors du dialogue interactif consacré au Burundi le 18 septembre 2026 au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, Fortuné Gaetan Zongo a estimé que « les signes avant-coureurs d’une crise électorale sont déjà perceptibles« . Pour le Rapporteur spécial, la « fenêtre de prévention » reste ouverte, mais elle pourrait se refermer rapidement. Il regroupe en quatre principaux signaux d’alerte les facteurs susceptibles, selon lui, de conduire à une crise autour de la présidentielle de mai 2027.

Le premier signal concerne la restriction du pluralisme politique.

La présidentielle de mai 2027 intervient après un cycle électoral marqué par la domination du CNDD-FDD. Pour Zongo, une élection ne peut être véritablement libre lorsque les principaux concurrents sont écartés avant même l’ouverture de la campagne ou lorsque les institutions chargées d’arbitrer le processus ne bénéficient pas de la confiance des acteurs concernés.
Il rappelle à cet égard l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui protège notamment le droit de participer aux affaires publiques, de voter et d’être élu lors d’élections authentiques, organisées au suffrage universel et égal et au scrutin secret.

Le deuxième signal porte sur les obstacles à une compétition réelle.

Le Code électoral fixe notamment à 100 millions de francs burundais la caution exigée d’un candidat à la présidentielle et impose un délai de deux ans à une personne ayant quitté un parti avant de pouvoir se présenter comme indépendante.
Fortuné Gaetan Zongo considère ces dispositions comme disproportionnées au regard de l’article 25 du Pacte et estime qu’elles peuvent conduire à l’exclusion de candidatures avant même le début de la campagne.

Le troisième signal est la persistance d’un environnement coercitif.

Le Rapporteur spécial évoque les informations faisant état d’exécutions sommaires ou extrajudiciaires, de disparitions forcées et d’autres violations attribuées notamment à des agents du Service National de Renseignement (SNR), à la police et à des membres des Imbonerakure.
Tant que de tels acteurs peuvent exercer des pressions sur la population dans un contexte d’impunité, estime-t-il en substance, la liberté du vote demeure compromise.

Le quatrième signal est la répétition de schémas observés lors de précédents cycles électoraux : exclusions politiques, intimidations ainsi que violences préélectorales et postélectorales.

À ces quatre facteurs s’ajoutent, selon Zongo, la fermeture persistante de l’espace civique et médiatique, les pressions visant les journalistes, les défenseurs des droits humains et les opposants, l’autocensure ainsi que les difficultés affectant l’indépendance de la justice.

Le Rapporteur spécial estime que son rôle consiste à conseiller et à anticiper un éventuel point de bascule plutôt qu’à réagir après coup. Il recommande ainsi que le Conseil des droits de l’homme assure un suivi spécifique du Burundi avant les élections de 2027, au lieu d’attendre le prochain cycle annuel de présentation de son rapport.

Son message rejoint le titre donné à son rapport de 2026 : « Agir avant qu’il ne soit trop tard ».

Le Mandat avait déjà analysé les principaux constats du rapport de Fortuné Gaetan Zongo à l’approche de la présidentielle de 2027 et les perspectives d’un éventuel renouvellement de son mandat.

L’Union européenne et la société civile partagent plusieurs de ces préoccupations

L’Union européenne a développé, lors du même dialogue, une lecture largement convergente avec celle du Rapporteur spécial.
Elle affirme rester « profondément préoccupée » par la situation des droits humains au Burundi. Tout en reconnaissant certaines évolutions positives intervenues ces dernières années, elle considère que les violations restent nombreuses et que l’espace politique et civique continue de se rétrécir.

À l’approche de la présidentielle de 2027, l’UE se dit particulièrement préoccupée par les restrictions visant les partis d’opposition, les médias, les défenseurs des droits humains et la société civile. Elle estime qu’un environnement politique ouvert et pluraliste ainsi que le respect des libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique sont indispensables à la tenue d’élections libres, inclusives et crédibles.

L’Union européenne mentionne également les informations faisant état d’exécutions sommaires ou extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées, de torture et de violences sexuelles. Elle demande aux autorités burundaises de garantir des enquêtes indépendantes, impartiales et effectives, de lutter contre l’impunité et de renforcer la coopération avec les mécanismes des Nations Unies, notamment en permettant au Rapporteur spécial d’accéder au pays.

Tout en maintenant ses critiques, l’Union européenne rappelle qu’elle est le premier contributeur à l’aide au développement du Burundi.

Plusieurs organisations de défense des droits humains présentes dans le débat ont insisté dans le même sens sur les restrictions des libertés publiques, les violations des droits humains, l’impunité et les faiblesses institutionnelles susceptibles d’affecter le processus électoral.

Pour le gouvernement, la menace vient aussi de l’extérieur

La représentante du Burundi à Genève, Elisa Nkerabirori, a qualifié le mandat consacré au Burundi de « mécanisme hostile » et dénoncé ce qu’elle considère comme un « acharnement ciblé » et une ingérence de certaines puissances occidentales.
Selon elle, le maintien du Burundi à l’agenda du Conseil des droits de l’homme depuis la crise de 2015 constitue un instrument diplomatique destiné à isoler le pays sur la scène internationale, à l’affaiblir économiquement et à exercer une pression sur ses institutions.

La diplomate burundaise a particulièrement mis en cause son principal bailleur de fonds l’Union européenne, à l’initiative du mécanisme consacré au Burundi au Conseil, et accusé certaines puissances occidentales d’utiliser la question des droits humains à des fins politiques.
Elle estime également que le mécanisme onusien contribue à préparer l’opinion internationale à contester la légitimité des scrutins burundais et cherche à présenter négativement le CNDD-FDD ainsi que sa ligue des jeunes, les Imbonerakure.

Elisa Nkerabirori a ensuite replacé cette confrontation dans une perspective historique, en évoquant la résistance du royaume du Burundi aux forces coloniales allemandes à la fin du XIXème siècle. Elle a rappelé que des Burundais munis principalement d’arcs, de flèches et de lances avaient résisté pendant plusieurs années à des forces disposant d’armes modernes, présentant cet épisode comme une illustration de la détermination du pays à défendre sa souveraineté. « Vous nous acculez, vous nous malmenez et nous ne plions pas », a-t-elle lancé, avant d’évoquer un Burundi « uni sous un même bouclier ».

RED-Tabara, une menace évoquée au-delà du discours de Gitega

Elisa Nkerabirori a également placé RED-Tabara (Résistance pour un Etat de Droit) au centre de son intervention. Elle a qualifié le mouvement armé burundais de groupe terroriste, l’a accusé d’entretenir des liens avec l’AFC/M23 et a repris les accusations de Gitega selon lesquelles il bénéficierait d’un appui logistique et militaire du Rwanda. Elle a également évoqué de supposées relations entre les dirigeants de RED-Tabara et certaines capitales européennes.

Le représentant du Rwanda a rejeté les accusations visant son pays. Kigali, a-t-il déclaré, reste engagé en faveur du dialogue et de la coopération pour la paix, la sécurité et la stabilité régionales et reviendra sur les « allégations sans fondement » formulées à son encontre.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires ont elles aussi introduit le facteur régional dans leur analyse des risques entourant l’élection. Elles considèrent que le conflit armé dans l’est de la République démocratique du Congo et les activités des groupes armés, dont RED-Tabara, constituent un facteur de risque pour la tenue d’une élection apaisée au Burundi.

Dans la partie consacrée à la fragilité de la situation sécuritaire et sanitaire, le Rapporteur spécial Fortuné Gaetan Zongo relève aussi que les zones frontalières avec la République démocratique du Congo sont marquées par la circulation d’armes et de combattants, notamment ceux issus du M23 et de RED-Tabara.

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