A l’approche d’un remaniement institutionnel, une question anime les cercles politiques burundais : le parti UPRONA conservera-t-il la vice-présidence de la République ? Une interrogation d’autant plus cruciale que ce poste était, dans l’architecture post-transitionnelle du Burundi, symboliquement chargé et politiquement stratégique. Mais dans un environnement politique où les équilibres hérités de la transition se délitent peu à peu, cette fonction, vidée de tout pouvoir réel, est aujourd’hui accessible à tout citoyen Tutsi, même issu d’un autre parti considéré comme d’« opposition ». (Le Mandat)
L’article 124 de la Constitution du Burundi stipule que le Président et le Vice-Président doivent appartenir aux groupes ethniques, aux partis politiques et coalitions de partis politiques différents ou des indépendants d’ethnies différentes. Comme le président Evariste Ndayishimiye est Hutu et issu du Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces pour la Défense de la Démocratie (CNDD-FDD), le poste de vice-président revient formellement à un Tutsi non membre du parti présidentiel.
Mais depuis la signature de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation, le système gouvernemental burundais a toujours respecté …
… une tradition non écrite, mais pesante
Depuis 2005, l’Union pour le Progrès National (UPRONA), ancien parti unique et aujourd’hui relégué à un rôle marginal dans l’échiquier électoral, s’est vu attribuer la vice-présidence comme lot de consolation institutionnel. Une pratique non codifiée, mais bien enracinée dans les usages post-transition, notamment pour répondre aux exigences de représentation ethnique. Chaque fois, la formule est reconduite, le CNDD-FDD imposant souvent son choix de vice-président estampillé « UPRONA », parfois sans véritable consultation de ce dernier, divisé et affaibli.
Et comme rien, dans les textes, ne garantit ce privilège, le parti du Prince Louis Rwagasore risque de perdre …
… cette fonction vidée de son contenu
La fonction de vice-président, initialement pensée comme un levier de régulation et d’équilibre entre sensibilités politiques et ethniques, a été progressivement vidée de toute substance. Réduit à un rôle protocolaire, le vice-président burundais ne prend aucune décision stratégique et n’a pas voix au chapitre dans les grands arbitrages gouvernementaux. Il devient alors un symbole plus qu’un acteur – un ornement constitutionnel utile à la vitrine d’inclusivité. Sauf que, certaines voix continuent de défendre …
… l’argument du statu quo
Pour elles, même affaibli, ce parti reste ancré dans l’imaginaire national et représente un équilibre, même minimal. En le retirant de cette fonction, le pouvoir risquerait de raviver un sentiment d’exclusion dans une partie de la communauté Tutsi, déjà marginalisée dans certaines sphères de pouvoir.
Dans la conférence de presse tenue au lendemain des élections législatives et communales, le secrétaire général du parti au pouvoir Révérien Ndikuriyo a révélé la stratégie de limiter la cooptation des Tutsi issus des listes bloquées du parti UPRONA. « Dans les villes de Bujumbura et Gitega par exemple, nous savions que les deux derniers candidats élus pouvaient provenir d’autres partis. Nous savions, par exemple, que les têtes des listes de l’UPRONA étaient des Tutsi. Donc, pour que nos candidats ne soient pas disqualifiés pour question d’équilibres ethniques, les deux derniers candidats du CNDD-FDD sur les listes de ces circonscriptions précises étaient des Tutsi. Donc, la balance penchait soit sur leur candidat, soit sur le nôtre. C’était calculé. »
Donc, le CNDD-FDD, désormais ultra-majoritaire dans les deux chambres du parlement et dans les conseils communaux suite aux élections contestées du 5 juin 2025, n’a plus besoin de faire semblant. Il pourrait bien nommer un Tutsi issu d’un autre courant politique, ou même indépendant, rompant avec une tradition vieille de vingt ans.
