Après avoir soutenu la demande américaine visant à reporter la décision, le Burundi n’a pas participé au scrutin final qui a maintenu Volker Türk à la tête du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme jusqu’en 2030. Cette non-participation intervient sur fond de rupture ancienne entre Gitega et les mécanismes onusiens des droits humains, régulièrement accusés par les autorités burundaises d’être politisés. (Le Mandat)
Réunie le 24 juillet 2026 au siège de l’ONU à New York, l’Assemblée générale a confirmé l’Autrichien Volker Türk pour un deuxième mandat de quatre ans à la tête du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
La proposition du Secrétaire général António Guterres a recueilli 144 voix pour, 10 contre et 13 abstentions. Le nouveau mandat commencera le 12 octobre 2026 et prendra fin le 11 octobre 2030. Les règles qui encadrent cette fonction autorisent un seul renouvellement pour une durée identique au premier mandat.
Ce qui aurait pu n’être qu’une formalité institutionnelle s’est pourtant transformé en confrontation diplomatique. Le calendrier retenu, le bilan de Volker Türk et la liberté d’action du prochain Secrétaire général ont profondément divisé les États membres.
Le Burundi soutient le report, puis ne vote pas
Avant l’examen du renouvellement du mandat de Volker Türk, les États-Unis d’Amérique ont demandé que la décision soit repoussée d’une semaine, estimant que les délégations n’avaient pas disposé de suffisamment de temps pour consulter leurs gouvernements.
Washington faisait également valoir que le mandat du Haut-Commissaire ne prenait fin qu’en octobre et qu’aucune urgence ne justifiait, à ses yeux, un vote aussi rapide.
La Russie et l’Argentine se sont rangées derrière cette demande de délai. L’Union européenne, représentée par l’Irlande, s’y est en revanche opposée et a appelé l’Assemblée générale à se prononcer immédiatement.
Le Burundi a, pour sa part, soutenu la motion américaine. Celle-ci a toutefois été rejetée par 63 voix contre 27, tandis que 47 délégations se sont abstenues.
L’Assemblée générale a donc poursuivi l’examen de la candidature. Mais lorsque les États membres ont été appelés à se prononcer sur le deuxième mandat de Volker Türk, le Burundi n’a pas pris part au vote. Il ne figurait ni parmi les 144 pays favorables, ni parmi les 10 opposants, ni parmi les 13 abstentionnistes.
Une longue rupture avec les mécanismes onusiens
Cette attitude intervient dans un contexte de relations profondément dégradées entre le Burundi et les mécanismes internationaux chargés de surveiller la situation des droits humains dans le pays.
En décembre 2018, le gouvernement burundais avait exigé la fermeture du bureau du Haut-Commissariat installé sur son territoire. Celui-ci a cessé ses activités le 28 février 2019, après vingt-trois années de présence au Burundi.
La rupture ne s’est pas arrêtée là. La Commission d’enquête sur le Burundi, créée en 2016 par le Conseil des droits de l’homme, n’a jamais été autorisée à entrer dans le pays. Ses enquêteurs ont dû travailler à distance, en recueillant des informations auprès de victimes, de témoins et d’autres sources établies au Burundi ou à l’étranger. Son mandat a pris fin en 2021.
Le Conseil des droits de l’homme a ensuite créé le mandat de Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Burundi. Chargé de suivre l’évolution de la situation et de formuler des recommandations, son titulaire n’a pas davantage obtenu l’autorisation d’effectuer une visite officielle dans le pays. Le Conseil a pourtant continué de demander au gouvernement burundais de lui accorder un accès sans entrave.
Les autorités burundaises ne cachent pas leur hostilité envers ces dispositifs. Dans plusieurs interventions, elles ont présenté le Conseil des droits de l’homme comme une institution politisée et dénoncé une application sélective des droits humains contre certains États.
Une distinction reste néanmoins nécessaire. La Commission d’enquête et le Rapporteur spécial ont été institués par le Conseil des droits de l’homme, un organe composé d’États. Ils ne résultent donc pas de décisions personnelles de Volker Türk, même si le Haut-Commissariat qu’il dirige leur apporte une assistance technique et administrative.
Ces précédents ne permettent pas d’affirmer que le Burundi a délibérément boycotté le scrutin du 24 juillet. Ils donnent toutefois à sa non-participation une portée politique particulière.
La Russie ne propose que 81 jours
Après le rejet de la demande américaine, la Russie a présenté une proposition concurrente.
Moscou souhaitait maintenir Volker Türk à son poste jusqu’au 31 décembre 2026 seulement, soit 81 jours au lieu des quatre années recommandées par António Guterres.
La Russie estimait que le prochain Secrétaire général devait pouvoir choisir ses principaux collaborateurs et définir lui-même l’orientation de l’ONU dans le domaine des droits humains. Une nomination courant jusqu’en 2030 aurait, selon elle, réduit la marge de manœuvre du futur chef de l’Organisation avant même son entrée en fonction.
Le représentant permanent adjoint russe Dmitry Chumakov a présenté cette solution comme un compromis pragmatique destiné à assurer une transition sans rupture entre António Guterres et son successeur.
La Corée du Nord s’est jointe aux coauteurs de la proposition. Mais celle-ci a été rejetée par 71 voix contre 19, tandis que 52 délégations se sont abstenues.
Une contestation aux motivations différentes
Les États-Unis ne se sont pas limités à contester le calendrier. Leur représentant a attaqué le bilan de Volker Türk et averti que Washington pourrait revoir son engagement, sa participation et son financement de l’ONU.
La délégation américaine lui reprochait notamment de se montrer sévère envers les États-Unis et Israël, tout en étant, selon elle, moins exigeant envers certains gouvernements autoritaires.
Israël a également rejeté son maintien à la tête du Haut-Commissariat. Sa représentante a dénoncé ce qu’elle considère comme un manque de professionnalisme, de neutralité et d’impartialité de l’institution.
La Russie a, pour sa part, accusé Volker Türk et son bureau de promouvoir les intérêts géopolitiques occidentaux sous couvert de protection des droits humains. Elle a qualifié sa confirmation pour quatre années supplémentaires de nouvelle « pomme de discorde » apportée par António Guterres devant l’Assemblée générale.
Le débat a ainsi brouillé les clivages diplomatiques habituels. Les États-Unis et Israël se sont retrouvés dans la contestation aux côtés de la Russie et de la Corée du Nord, sans pour autant constituer un camp homogène. Les uns attaquaient directement le bilan du Haut-Commissaire ; les autres insistaient sur la politisation du système ou sur les prérogatives du prochain Secrétaire général.
L’Union européenne défend un mandat complet
Face à cette offensive, l’Union européenne a rejeté toute prolongation limitée à quelques semaines.
L’Irlande, qui intervenait au nom de l’Union et de ses États membres, a résumé sa position par une formule directe : « Quatre ans, et non pas 81 jours. »
Pour l’Union européenne, une période de quelques semaines aurait fragilisé la continuité du Haut-Commissariat et dénaturé le fonctionnement prévu pour cette institution.
La France a également apporté son plein soutien à Volker Türk. Son représentant a salué sa rigueur et son impartialité, le présentant comme une « voix de conscience plaçant les États face à la réalité et à leurs responsabilités ». Paris a annoncé qu’il s’opposerait à la proposition russe et soutiendrait le nouveau mandat de quatre ans.
Le Mexique et l’Uruguay ont eux aussi défendu la continuité à la tête du Haut-Commissariat. Mexico a mis en avant la disponibilité de Volker Türk au dialogue et à la coopération technique. Montevideo a reconnu que ses observations pouvaient parfois incommoder les gouvernements, tout en estimant que cette indépendance constituait précisément une partie essentielle de sa fonction.
Une large victoire, mais un silence burundais remarqué
Avec 144 voix favorables, Volker Türk a finalement obtenu une majorité très large pour poursuivre son travail jusqu’en octobre 2030.
Le débat a cependant révélé de profondes divergences sur l’indépendance du Haut-Commissariat, sa manière d’interpeller les gouvernements et l’influence que le prochain Secrétaire général devrait exercer sur la composition de son équipe.
Dans cette confrontation, le Burundi a suivi une voie singulière : il a soutenu la demande américaine de report, puis n’a pas participé au scrutin décisif.
Faute d’explication officielle, les raisons de cette non-participation restent inconnues. Mais elle intervient après plusieurs années de rupture avec le système onusien des droits humains : fermeture du bureau du Haut-Commissariat, refus d’accès à la Commission d’enquête puis au Rapporteur spécial et accusations répétées de politisation du Conseil.
Lorsque l’Assemblée générale a demandé aux États membres s’ils accordaient à Volker Türk un deuxième mandat, le Burundi a choisi de ne pas lui apporter sa voix.
