Le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, affirme qu’un groupe qui veut attaquer le Burundi doit disposer d’au moins 200 000 combattants, tous armés de fusils. Une déclaration qui ramène à l’histoire de son propre parti : de combien de combattants armés les Forces pour la Défense de la Démocratie disposaient-elles réellement lorsqu’elles combattaient le pouvoir burundais ? Les documents produits pendant la guerre suggèrent une force combattante nettement inférieure aux 18 000 à 21 000 « combattants » qui apparaîtront plus tard dans les statistiques du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration. (Le Mandat)
Lors d’une conférence de presse tenue le samedi 22 août 2026 au Stade Nkurunziza Peace Park Complex de Makamba, dans le sud du Burundi, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a été interrogé sur les appels de RED-Tabara et des FNL d’Aloys Nzabampema invitant les Burundais à rejoindre leurs rangs pour combattre le pouvoir en place.
Dans sa réponse, il a fixé à 200 000 le nombre minimum de combattants, chacun muni d’un fusil, qu’un groupe devrait selon lui réunir avant d’attaquer le Burundi.
Dans la même réponse, Révérien Ndikuriyo a déclaré : « Qu’ils rassemblent ces 200 000 hommes. En trois semaines, nous les aurons exterminés ; ils devront ensuite aller en chercher d’autres. »
La déclaration interpelle au regard de l’histoire du CNDD-FDD, lui-même issu d’une rébellion qui a combattu pendant plusieurs années un appareil sécuritaire gouvernemental largement supérieur en nombre.
Quelques milliers de combattants réellement armés
Au moment du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration, le Small Arms Survey retient un effectif de 18 924 combattants du CNDD-FDD.
Le même rapport estime cependant à environ 11 354 le nombre d’armes détenues par le mouvement en 2003, soit approximativement six armes pour dix membres. Lors de l’intégration directe d’anciens combattants dans les nouvelles forces de défense et de sécurité, 4 901 armes seulement sont effectivement remises.
Ce dernier chiffre ne signifie pas que les FDD ne possédaient que 4 901 armes. Il correspond aux armes effectivement collectées au cours de cette phase du processus.
Mais pour approcher la force militaire réelle des FDD, il faut revenir aux rapports rédigés lorsque les combats étaient encore en cours.
De la guerre du Congo au redéploiement vers le Burundi
À la fin des années 1990, une partie importante des FDD ne combat pas seulement au Burundi. Elle est également engagée en République Démocratique du Congo, dans la deuxième guerre du Congo déclenchée en 1998.
Le gouvernement de Laurent-Désiré Kabila, puis celui de Joseph Kabila, est soutenu notamment par le Zimbabwe, l’Angola et la Namibie. En face, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) bénéficie principalement du soutien du Rwanda, tandis que le Mouvement de Libération du Congo (MLC) est appuyé par l’Ouganda.
Les FDD combattent dans le camp de Kinshasa, alors que l’armée burundaise intervient en RDC aux côtés du Rwanda et de ses alliés congolais. Dans le Katanga, la Mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (MONUC) indique que les FDD combattent aux côtés des Forces armées congolaises. Au Sud-Kivu, elle fait état d’opérations conjointes avec des groupes armés rwandais et des Maï-Maï.
Cette présence leur offre des bases arrière, un soutien logistique et une expérience militaire importante.
À partir de 2000, une partie de ces forces commence toutefois à se redéployer vers le Burundi. International Crisis Group rapporte qu’à la fin d’août 2000, « deux divisions FDD » quittent la RDC avec leurs armes pour retourner vers le Burundi.
Au cours des premiers mois de 2001, ICG estime qu’entre 3 000 et 4 000 FDD sont rentrés au Burundi, directement depuis le Kivu ou en transitant par la Tanzanie. Ils cherchent notamment à reprendre des positions dans la Kibira ainsi que dans les montagnes de Bubanza et Cibitoke.
De 5 000 à 6 000 FDD armés à une estimation de 15 000 membres
En novembre 2001, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies estime à 5 000 à 6 000 le nombre de combattants FDD présents en RDC et précise qu’ils sont armés de kalachnikovs.
Ces combattants sont accompagnés de milliers de porteurs, généralement munis de machettes et susceptibles d’être ultérieurement transformés en combattants.
En avril 2002, un rapport de la MONUC estime encore à 3 000 à 4 000 le nombre de FDD présents en RDC, notamment autour de Fizi, du lac Tanganyika, de Moba et dans le Katanga.
Quelques mois plus tard, en août 2002, International Crisis Group estime l’ensemble des FDD à environ 15 000 personnes. Mais ICG avertit que ces effectifs ne correspondent pas nécessairement à la puissance militaire réelle du mouvement et estime approximativement à un pour quatre le rapport entre combattants armés et auxiliaires.
À titre indicatif, l’application de ce ratio aux 15 000 personnes estimées donnerait environ 3 000 combattants armés pour 12 000 auxiliaires.
Les 15 000 personnes ne peuvent donc pas être assimilées à 15 000 hommes armés de fusils.
ICG évalue par ailleurs la faction de Pierre Nkurunziza et Hussein Radjabu à environ 8 000 à 10 000 personnes, contre 1 000 à 2 000 pour celle de Jean-Bosco Ndayikengurukiye.
Plus de la moitié des 21 000 recrutés après le cessez-le-feu
Une étude de Willy Nindorera pour la Berghof Foundation apporte une précision déterminante : plus de la moitié des quelque 21 000 combattants finalement déclarés par le CNDD-FDD auraient été recrutés après le cessez-le-feu, puis entraînés dans les zones de rassemblement.
Environ 8 000 seront intégrés dans l’armée, 6 000 dans la police et près de 7 000 seront démobilisés avant d’entrer dans le processus de réintégration à la vie civile.
Le chiffre de 21 000 ne peut donc pas être utilisé pour mesurer la puissance militaire réelle des FDD avant les négociations.
Pris ensemble, le rapport du Groupe d’experts des Nations unies de 2001, celui de la MONUC de 2002, les analyses d’International Crisis Group et les données du Small Arms Survey suggèrent plutôt un noyau de quelques milliers de combattants effectivement armés, entourés d’auxiliaires, de porteurs, de recrues et de militants.
Face aux FDD : environ 40 000 militaires et 5 500 gendarmes
En août 2001, un rapport du ministère britannique de l’Intérieur consacré à la situation au Burundi estime les forces gouvernementales burundaises à environ 40 000 militaires et 5 500 gendarmes.
S’y ajoutent policiers et plusieurs forces auxiliaires.
Sous la présidence de Pierre Buyoya, le gouvernement instaure en 1996 un Service Militaire Obligatoire (SMO), juridiquement organisé dès 1997 comme Service Civique Obligatoire en matière de défense nationale (SCO). D’abord appliqué aux étudiants de l’enseignement supérieur, il est ensuite étendu aux finalistes du secondaire. À l’issue de leur formation, les participants intègrent la réserve et peuvent être rappelés sous les armes. Le dispositif est suspendu en 2002.
À cette réserve s’ajoutent les Gardiens de la paix. Human Rights Watch rapporte qu’environ 30 000 personnes auraient reçu cette formation, sans que toutes soient nécessairement armées ou opérationnelles simultanément.
Aujourd’hui, une armée d’environ 30 000 hommes, renforcée par une réserve
En 2016, le ministre burundais de la Défense Emmanuel Ntahomvukiye évaluait officiellement la FDNB à 28 000 militaires.
Le CIA World Factbook estimait en 2022 les forces burundaises à environ 30 000 militaires d’active, dont la majorité appartenait aux forces terrestres.
Pour la Police nationale, le dernier chiffre officiel précis retrouvé est celui de 16 040 policiers en 2017, dont 9 492 dans les provinces et 6 548 dans l’administration centrale et les unités spécialisées.
Sous la présidence d’Evariste Ndayishimiye, la réforme de la défense de 2022 introduit par ailleurs la Force de Réserve et d’Appui au Développement du pays (FRAD). Son effectif national n’est pas rendu public.
Dans la pratique, cette réserve comprend notamment d’anciens démobilisés et des Imbonerakure. En 2026, des sources concordantes ont signalé plus de 200 Imbonerakure en formation militaire sur le site de Kigarika, après avoir été sélectionnés parmi plusieurs centaines regroupés à Cibitoke à leur retour de RDC.
Jusqu’en août 2026, plus de 400 anciens démobilisés recevaient encore une formation sur le site de Nyaruhengeri, dans la commune de Muyinga, province de Buhumuza, dans l’est du pays, après leur retour de RDC.
Quelques milliers hier, 200 000 aujourd’hui
Le seuil de 200 000 hommes armés avancé par Révérien Ndikuriyo contraste fortement avec l’expérience historique de son propre mouvement.
Les documents disponibles montrent que les FDD ont mené pendant des années leur rébellion avec quelques milliers de combattants réellement armés, face à des forces gouvernementales beaucoup plus nombreuses.
Les contextes sont différents. Mais l’histoire du CNDD-FDD montre que la capacité d’une rébellion ne se mesure pas uniquement au nombre d’hommes. Parmi les autres facteurs à prendre en compte figurent notamment l’armement, la mobilité, le ravitaillement, les bases arrière, les soutiens extérieurs, les appuis au sein de la population locale et la capacité de recrutement.
C’est sous cet angle que doivent aussi être appréciées aujourd’hui les capacités de RED-Tabara et des FNL-Nzabampema.
