Experts de l’ONU : La guerre au Congo fragilise l’espace aérien de Bujumbura

Selon le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo (RDC), plusieurs compagnies aériennes internationales ont signalé des perturbations de leurs systèmes de navigation par satellite au-dessus du territoire burundais, un phénomène que les autorités de Gitega attribuent à un brouillage provenant d’un pays voisin. Aux côtés des FARDC dans la guerre contre le M23 et ses alliés, le Burundi fait désormais face à une vulnérabilité accrue de son espace aérien aux répercussions du conflit qui sévit de l’autre côté de sa frontière. (Le Mandat)

Un avion de Kenya Airways perd sa position au-dessus de Bujumbura

Le 13 janvier 2026, un Boeing 737 de la compagnie Kenya Airways assurant la liaison Nairobi–Bujumbura puis le retour a connu de sérieuses perturbations de son système de positionnement par satellite. Selon le rapport d’incident transmis par le directeur Sécurité, Qualité et Environnement de la compagnie à l’Autorité de l’aviation civile du Burundi, l’appareil a rencontré des interférences GPS aussi bien à l’approche qu’au décollage de l’aéroport international Melchior Ndadaye de Bujumbura. Les écrans de bord ont affiché des messages d’erreur signalant que les données GPS n’étaient plus fiables, obligeant l’équipage à appliquer les procédures d’urgence prévues et à en informer le contrôle aérien. Les annexes du rapport reproduisent une photographie de l’unité de contrôle du système de gestion de vol (FMS CDU) prise durant cet incident. L’écran affiche notamment le message « Position uncertain » ( » Position incertaine »), au moment où l’appareil s’apprêtait à atterrir à Bujumbura.

Gitega alerte l’OACI

Face à la multiplication de ces incidents, la Direction générale de l’Autorité de l’aviation civile du Burundi a saisi, le 20 janvier 2026, le Secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal.

Dans cette correspondance, elle indique que depuis le 19 octobre 2025, plusieurs cas de brouillage des équipements de navigation à bord d’aéronefs ont été enregistrés dans l’espace aérien burundais. Selon les autorités burundaises, ces interférences proviendraient du territoire d’un pays voisin et mettraient en péril la sécurité de la navigation aérienne internationale. Le courrier est accompagné du rapport d’incident de Kenya Airways et demande l’ouverture d’une enquête technique, ainsi que la mise en œuvre de mesures destinées à mettre fin à ce que l’Autorité qualifie d’atteinte délibérée à la sécurité des aéronefs et des personnes à bord.

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Dans sa réponse du 30 janvier 2026, la directrice régionale du bureau Afrique orientale et australe de l’OACI dit partager les préoccupations exprimées par les autorités burundaises. Elle rappelle que l’organisation suit depuis plusieurs années la multiplication des cas de brouillage radiofréquence et de leurrage (spoofing) affectant les systèmes mondiaux de navigation par satellite (GNSS). Elle précise toutefois que l’OACI n’est pas habilitée à conduire elle-même l’enquête technique demandée, les interférences à caractère transfrontalier relevant d’un mécanisme distinct mis en place avec l’Union internationale des télécommunications (UIT). L’organisation salue néanmoins la réactivité des autorités burundaises, qui ont rapidement publié un avis aux navigants (NOTAM), et rappelle que les États doivent également disposer de moyens de navigation alternatifs et de procédures opérationnelles adaptées afin de gérer efficacement les défaillances du GNSS.

Des téléphones qui se croient en RDC

Le brouillage ne touche pas uniquement les avions. Les experts de l’ONU rapportent avoir eux-mêmes constaté l’anomalie lors d’une mission effectuée à Bujumbura. Alors qu’ils se trouvaient physiquement dans la capitale économique burundaise, plusieurs de leurs téléphones affichaient pourtant une localisation située à Sange, dans la province congolaise du Sud-Kivu, de l’autre côté du lac Tanganyika. Cette dérive, observée simultanément sur plusieurs appareils, a été jugée compatible avec un brouillage ou un leurrage (spoofing) du signal satellite affectant la zone.

Un vol commercial néerlandais également affecté

Les experts citent également le cas du vol KL537 de la compagnie KLM, reliant Amsterdam à Kigali. Les données consultées sur la plateforme Flightradar24 montrent un écart important entre l’altitude barométrique de l’appareil (38 975 pieds) et son altitude GPS (35 850 pieds) alors qu’il traversait l’espace aérien situé entre l’est de la RDC et le Rwanda. Un tel écart est, selon le rapport, révélateur d’une interférence affectant les données satellitaires reçues par les systèmes de suivi.

Des précédents déjà documentés par les experts de l’ONU

Ces incidents s’inscrivent dans une continuité. Dans leur précédent rapport consacré à la situation dans l’est de la RDC, les experts avaient déjà documenté plusieurs opérations de brouillage et de leurrage des signaux GPS menées entre la fin du mois de mai et le début du mois d’août 2024.

Selon ce rapport, ces interférences avaient perturbé sans distinction les vols des Nations Unies, les vols humanitaires, les vols commerciaux ainsi que les drones de surveillance opérant à proximité des zones contrôlées par le M23 et la Force de défense rwandaise (RDF). Les experts indiquaient que deux systèmes de brouillage avaient été localisés sur le territoire rwandais et qu’un troisième avait été découvert à Kanyabayonga, dans le Nord-Kivu, après la prise de contrôle de cette localité par la coalition M23-RDF.

Le même rapport mentionnait également le crash d’un drone de la MONUSCO le 29 octobre 2024 après un brouillage de son GPS au-dessus d’une zone de combat active, ainsi que la découverte, quelques jours plus tôt, d’un système de défense aérienne à courte portée utilisé par la RDF à Karuba, dans le territoire de Masisi.

Les experts estimaient que l’association de ces systèmes de défense aérienne avec les dispositifs de brouillage et de leurrage capables d’immobiliser ou de neutraliser des moyens aériens procurait un avantage tactique majeur au M23 et à la RDF.

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